martes, 14 de octubre de 2008

De La douce Aniquirone-De Retour à Schuaima


WINSTON MORALES CHAVARRO


Neiva-Huila, 1969. Communicateur social et journaliste. Enseignant, mention Littérature Hispano-américaine, Université Andine Simón Bolívar, Quito.
Gagnant des concours nationals de poésie des Universités de Quindío, 2000; Antioquia, 2001, et Tecnologque de Bolívar, 2005. Deuxième prix du Concours National de Poésie “Ville de Chiquinquirá” En 2000, Troisième prix au Concours International Littéraire de Outono, au Brésil. Premier et unique Prix à la IXè Biennale Nationale de Roman José Eustasio Rivera. Finaliste dans des concours de nouvelles et poésie en Argentine, au Méxique et en Espagne.
Il a publié des livres de poèmes Aniquirone-Trilce Editores 1998; La pluie et l’ange (Coauteur)-Trilce Editores 1999; De Retour à Schuaima, Editions Dauro, Granada-España 2001; Mémoires de Alexandre de Brucco, Editorial Universidad de Antioquia-2002; Somme Poétique, Altazor Editores, 2005, et le roman Et Dieu sourit sur son visage, Fondation Tierra de Promisión, 2004.



TRADUCCIONES DE
Marcel Kemadjou Njanke



De La douce Aniquirone
Trilce Editores, 1998




I

Et je vais cherchant les voix du chemin
pour les traduire
certainement elles porteront ton nom
j’ai appris à interpréter la voix du vent
celle-là même qui berce les feuilles entrouvertes
de ton arbre.

Aniquirone, Aniquirone !
le fleuve t’appelle
et dans les gouttes frénétiques de l’air
s’en va ton souffle accroché aux girouettes.

Dans la terrine de mes mains
arrive impétueux le soleil
avec l’or et le blé de ton sommet
dois-je monter vers le commencement du langage ?

Là les mouettes racontent
les jours difficiles du ciel
le transbordement mystérieux des nuages
dois-je traduire la langue musicale des oiseaux moqueurs et des merles
pour te connaître ?

voici que tu me questionnes
femme aux longs rêves
et inexplicables transes
quel est le pays dans lequel tu m’invites ?
Voici que tu me questionnes

A peine sais-je comment tu t’appelles
Le fleuve me l’a conté
et je sais que Aniquirone
est le seuil des autres chemins.





II




Chaque fois que je me rapproche de Schuaima
la mort possède la voix
de multiples oiseaux
l’air bleu voltige de fibre en fibre
tandis que les pierres
jouent à prononcer leurs mots peu communs
et les feuilles savent d’avance
que je suis un nouveau venu en ce lieu.

Aniquirone
il y a un « je » qui m’arrête
qui s’applique au retour.

Parfois je pense
que ce jeune habitant
parmi les vieux
aime les mêmes choses
la porte obscure des possibilités
le fameux hasard des sollicitations.

Où vont toutes ces voix
qui me conduisent à ton règne ?
Suivent les feuilles qui volent en tout sens rapides
suit la pluie et sa musique humide
suivent les oiseaux et leurs ondulations
il y a un rapprochement entre le langage des arbres
et le mien.

C’est seulement ainsi que je peux me rapprocher
seulement ainsi que je sais que j’existe
et que le chemin n’est pas chemin
sinon qu’il va chargé de mots et de voix.

Je suis à Schuaima
je suis arrivé avec la brise
seulement son silence musical me satisfait
Aniquirone :
Parlons de poésie !



III



Aniquirone
quand je descends les escaliers de la maison
je pense que c’est une autre manière d’arriver à Schuaima
- le règne du grand lointain -
Il se peut que descendre
soit une autre forme d’ascension.


de l’autre côté de ce jour
attend le train qui doit nous transporter.

Il pleut,
il pleut
minutes
la route opposée,
va le chemin
contrecoup à ce craquement de paysages.

A la fenêtre
le pont d’arbres
une porte
un arbre d’oiseaux bleus
la rivière d’ escargots
tout s’agglutine autour de nous
seul le train va par le chemin
et avec lui
le chant distant des rails
la musique de la rue
la voix continuelle de la pluie
une lumière lointaine qui m’appelle.

Silence, silence !
Je m’en vais accroché au vent
je flotte
et me rend compte
que la mort est musique
et qu’il faut l’écouter
avec les oreilles éveillées.






IV





Ensorceleuse faite de lumière
De coquilles et coraux sous-marins
Dois-je me faire eau
pour soustraire n’importe quelle substance de la torah ?

Pendule
Entre les golfes de tes mains
Et l’ombre imprécise de ton arbre
Je meurs
Et je me fais créature tridimensionnelle
Pour tes yeux
Tu sais que là
Dans l’apesanteur sonore de ta rivière
Mes pressentiments
Se font notes musicales
Qui croisent le courant en sueur de
Ta forêt.





V


Que faisais-je
au milieu de ces gens ?
De ce peuple dans l’obscurité ?
Pour quoi ces paroles me hantent l’oreille ?
laisse la lumière à moitié
il n’est pas nécessaire que tu te déshabilles.

Nous Aimer ainsi
sans nous toucher
sans regards
nous aimer sans même nous voir
avec la lumière légère
fermant les yeux sur fautes et querelles.

Là je t’aime
comme tu le proposas
sans même nous dénuder
sans écouter ta respiration
sans écouter la mienne.

Pourquoi au sortir de la chambre obscure
courait cette brise rédemptrice ?

Les places étaient peuplées de faces souriantes
je ne reconnus personne
mais la brise arrivait
et la lumière d’un soleil lointain
n’éblouissait pas ce chemin.





VI



La plaisanterie du temps enfant
Devant ta lumière
Heurtait la maison
Donnait des coups aux murs
Des portes lointaines.

Le chemin
A peine proche
Etendait ses auvents sur ma plage.

Comment coordonner les mouvements
pour atteindre la distante berge ?

J’étais un minuscule oiseau de pierre
Silencieux et aveugle aux autres latitudes
Un crustacé fait de ciment
Perdu dans le silence de la mer et de la roche.

Sauve-moi, palpe-moi !

Là je t’ai guetté
Dans le néant
Dans le monologue du vent
Dans l’apesanteur du jour
Dans la racine du tout origine
Dans le principe du langage
Et dans la voix du fleuve
De la nuit
De la lune
Et des campagnes
Qui se hissent dans mon oreille.

Aniquirone
La plénitude légère de mes ailes
Donc de ta lumière
Vola bois vers ta forêt.




VII


Etrangère
danse de feu
je sais que la mort c’est écouter d’autres voix
et pour cela
je pose mon oreille
dans la cascade de ton fleuve.

Je cherche la mort
et je chemine nu entre les pierres
je cherche cette voix
Peut-être distante ?
Peut-être voisine ?
Peut-être en moi
déguisé en moi.

Je sais que là
dans le silence obscur du miroir
est le son orchestral d’un autre matin,
ma tête s’agite avec le vent
et il pleut
il pleut et j’ai connu avec la pluie
le dictionnaire ouvert du chemin.







VIII



Aniquirone
Je n’ai pas peur de toi
avant je t’aimais.

Le chemin comme un miroir
me montre un à un tes raccourcis, le commencement.

Ecoute la voix des oiseaux-moqueurs !
Pied nu,
nu
et fou
sans la niaiserie du temps enfant
je dois me fondre dans la respiration de l’air
devenir particule de ton cosmos.

Pour arriver à toi
il ne sert à rien de me poser des questions sur les usages de la case
ni même de déplacer les meubles
pour que l’ambiance paraisse distincte
il ne sert à rien de prendre chaque matin une route différente
pour croire que cela aboutit à un autre pays
il n’est pas nécessaire d’avancer l’horloge
pour sentir que le temps passe rapidement
ni le reculer
pour croire qu’on vit éternellement
il ne sert à rien de se taire pour que les mots ne s’usent pas.

Il suffit de mettre la tête dans le fleuve du néant
- peut-être jusqu’à la nuque -
et sentir comment la lumière de l’eau
inonde les poumons
et comment son rire rédempteur
nous mouille d’équilibre
et de la liberté sereine
de fouler d’autres chemins.





IX


La réalité n’est pas inamovible
et pour cela
je peux percevoir mon ego
en d’autres circonstances
je peux voler et rire
je peux nager, sauter, faire des cabrioles
m’amuser dans le pré
respirer les pierres
avec la même intensité
avec laquelle se respire la fleur d’oranger et les guirlandes.

Je ne pense pas
et je m’amuse de cela
il me plait d’être fou
et de fou libre
de libre heureux
et de heureux
intensément
irremediablement éternel.

Etrangère
J’aime la vie
J’aime la mort
en réalité je ne sais distinguer l’une de l’autre.

J’ai perdu en plus la notion du temps,
Dans la vie ou dans la mort
m’occupent des faits plus intéressants :
le coucher des astres
le trot irrémédiable des trains
le brouhaha des gamins
les papillons étourdis
le coassement monocorde des grenouilles.

Etrangère
je suis fils d’Uranus, de Mars, de Schuaima
je suis frère de la terre, des arbres,
des oiseaux bleus
et ainsi
à travers l’interminable,
l’impérissable
de la futuriste nature
je te vois tel que tu es.



X



Il me reste du courage pour aimer la mort
J’ai voyagé vers mon enfance sur son dos
J’ai vu les fougères suspendues dans la cour
l’arbre de la vie
le clair de lune
m’approchant,
me pacifiant.

Grâce à la mort
Je suis à Schuaima
Un autre mode d’existence
Une autre manière de rester
Et de s’habituer aux souvenirs
A soi-même,
A cet autre connu.

Le rouet et le seau
Chanteront la chute de mon corps
A travers le tunnel des ombres
Sa musique blanche;
- Cantique endormi au fond du puits -
forma une onde gigantesque
que couvrirent des chansons et musiques éternelles
mon esprit d’oiseau
mon âme d’aigle nocturne.

Etrangère
J’ai ouvert les yeux à la vie
A la suite d’un voyage inexorable
Après le passage transitoire par le sommeil.
La musique du rouet arriva comme le son des eaux.

Avant que ne tombent les feuilles des arbres
Avant que le vent ne dessine une autre horloge
Avec les étoiles
J’étais à Schuaima

Dépourvu de mon ancienne robe,
Nu,
Avec les yeux ouverts
Offert à la passivité,
A s’écouler permanemment
Par la vallée des tristesses.






XXII
A Roberto Chavarro Chávarro

Aniquirone
Où sont les vers perdus ?
Où se trouve la besace
qui cache les mots
et le monde des prémonitions ?
Où se trouvent les châles des veuves
qui endeuillent leur tristesse
jusqu’à forger la musique ?
peut-être à Schuaima la lumière ?
Le grand nuage en forme d’amphore
Où toutes les tristesses s’évaporent
et où les gamins jouent avec les tamaris et les oiseaux ?
Schuaima est la nation
où tous ceux qui s’en vont arrivent.
Les amis d’enfance se croisent
viennent marins et soldats morts
viennent les prostituées
que les musiques dénudent leur tristesse de guitare
et les roturiers se sortent de leurs prisons
Il y a du pain pour tous !
Viennent aussi le psalmiste, le missionnaire,
juifs, mahometans et gentils
croisent les pêcheurs avec leurs filets d’argent
et le mystique avec son morceau de paraffine.
Marchez vers Schuaima
la lumière de la lampe gigantesque
c’est l’arche de la traversée.
Partez les cloches du calvaire
ont cessé leur carillon d’enterrement
et la brise s’est arrêtée
pour ne pas décoiffer le sommeil
des étrangers et visiteurs.
Aniquirone
Le moment est venu de multiplier les oiseaux et les poissons
C’est l’heure du feu
L’heure du chant et du cri
qu’ils se dépouillent de leur armature et de leur scaphandre
les scientifiques
que viennent les alchimistes avec l’éclair et le tonnerre.
Partez beaux vers
c’est l’heure de tisser les ailes pour remonter le vol,
après la métamorphose
Toutes les larves seront papillons !



XXVI




Il y a une femme dans ma maison
qui regarde je ne sais vers quel coin, vers quel
monde
une femme dont le dos
constitue le vent ;
l’ arbre de la nuit
comme une oraison pour les cas difficiles.
Il y a une femme
que je ne connais pas
et cependant je sais que c’est un prétexte.
Comme si la rêver ne fut pas suffisante
pour achever de la comprendre,
mon âme se lance vers les hauteurs
comme cherchant je ne sais quelle colline
je ne sais quel précipice.
Il y a une femme qui m’a dépossédé
quand à peine je découvris
que je naquis pour être homme ou rêve.
Une femme de jamboses et guaimares gigantesques
une femelle douce et transpirante
qui passe comme un fleuve
susurrant vents légers de nostalgie
pour mon monde vraisemblable et fantastique.
Il y a une femme dans mes rêves
une femme qui regarde je ne sais vers quel endroits
vers quel coins.
Une femme à qui les arbres, les oiseaux
y compris les sphères
parlent quotidiennement
avec une vocation merveilleuse
et lui communiquent les secrets insondables
des pierres et des fleuves.
Il y a une femme qui regarde vers mes mondes souterrains
et décante avec ses poumons balsamiques
toutes les ombres qui m’habitent
une femme qui connaît tous les mystères de mes
nuits
la douce lune impétueuse
de mon angoisse.



De Retour à Schuaima
Editions Dauro, Granada España, 2001



II
LES PIERRES


Les pierres de cette Terra
semblent être des perles
ou des nids d’oiseaux préhistoriques.

Ici les mots sentent le vent
Et le silence a forme de roche.

Dans les pierres de cette Terra solennelle
se renferme l’esprit de la pluie
le chant des chardonnerets
la couleur des arbres et des forêts.

Pierres de Schuaima:
montagnes nues
solitaires collines
rochers blancs qui se jettent comme des colombes
vers un vert ciel ;
ici ma main salue
un pays constitué de pierres:
roches parfumées, roches uniformes, grises pierres pour la pêche,
grandes et écailleuses roches
toutes !
pierres de Schuaima
je les aime par iintuition et non par palpation.






III
LES OiSEAUX




Des oiseaux il y en a à Schuaima
comme les sapins en Chine
ou les orientaux mystiques sur les berges du Nil.

Oiseaux parés de lumière :
fauvettes, navires, idiots, goélettes,
routes, serpentaires, piquiers à pattes bleues.

Les oiseaux de cette Terra
connaissent les violettes de Parme, les taons de l’est,
les arborescences du Mississippi;
mondes possibles dans le crépitement de leurs ailes pluvieuses;
oiseaux qui paraissent être nuages d’arbres et de blé
remontant leur vol
par forêts de myrtes y dindes balsamiques.

Ceux-ci ,
les voyageurs de cet océan nu
les oiseaux que rêvera la Douce Aniquirone
dans sa chanson en la mémoire du bois.

Oiseaux de Schuaima
pourvus d’ailes, de lumière et de jungles
dites-moi :
qu’est-ce qui gravite autour des autres plages ?





IV
LES FLEUVES



Comme un volcan sa chanson de feu
comme une colline de neige rouge,
ainsi vit Schuaima peuplé de fleuves.

Fleuves qui descendent par les plaines
comme des filles nues
avec des tresses d’eau dans leurs bouches.

Le fleuve le plus grand de Schuaima s’appelle Calixto.

Il remplit la lune
voit descendre ce qui dort
par les pierres et les campanules de la vallée.

L’écume avec son rire blanc l’appelle
Calixto, Calixto !
gravite le fleuve avec ses plumes d’eau
parce que le vent baise sa mort
et son ronflement de dromadaire.

Là est
flottant dans une mer de fleuves Schuaima
innombrables volcans parlant de l’eau :
Paris en forme de lac,
Rogitama un ruisseau de poissons,
Calixto et ses visages d’argent
vidant ses yeux
dans des amphores de poissons.

Comme un miroir avec face d’homme
comme un penseur de Rodin sur la flaque d’eau
gît Schuaima peuplé de fleuves.

Là vont les hommes moribonds
laisser leurs souvenirs et leurs visages.


Celui-ci est l’arc de l’oubli
le fleuve dans lequel la mémoire descend
entre les collines de rêves
et l’homme s’en va dormant
tandis que l’eau lui baisse les paupières.



VI
LES HABITANTS


Les abres à Schuaima
sont des hommes pétrifiés
qui ont adopté le langage de vieilles tours de blé.

Hommes qui avant d’être en bois étaient boue
avant d’être cendre étaient feu
et flambaient dans la nuit
comme une conque de blé
ou une étoile de ramages et de mâtures.

Dans ma mémoire d’étranger
persiste leur position de Nobles
leurs visages de guerriers baisés par le soleil ;
leur posture d’archers
au-dessus d’une rossinante de mousse et de pierres.

Arbres de Schuaima
hommes en bois qui se lèvent avec leur chant de corneille
et se déversent par la plaine
pour disperser leur ombre ou leur plainte.

Quichotes de tailles graciles
Dans lesquelles Dulcinée tisse une toile d’invocations
tandis que l’obèse de Sancho
rêve de Barataria
dans la courbe parfumée du jarume ou du caroubier.

Eux ;
les arbres de Schuaima
hommes qui ont préféré se vêtir de pluie ;
colonnes de feuilles sèches sur les bords de la forêt et du rêve.





VIII
LA MORT



A Laurent Vigouroux, mort
à Iquítos, Perú, le 24 avril 1999.



Comme située dans un espace vague et lointain
la mort se rapproche
jusqu’à nous prendre par le bras.

On peut penser qu’elle est notre ombre ou notre rêve,
peut-être une soeur aînée
qui depuis longtemps abandonna la maison
mais qui de biais
surprend par sa présence de vague
ou de pleurs d’enfant prodigue.

Dans l’ivresse de la nuit
la mort
avec son chant de corneille,
avec ses halos d’or qui se jettent dans le feu,
nous réveille du rêve ou de la léthargie
nous pousse vers la sérénité définitive de ce qui est obscur.

Alors comprendrons-nous
que toujours elle a été proche
que sa présence était comme la rumeur d’un fleuve
bordant la berge de notre embouchure la plus proche.

Mais à l’heure de l’abîme
à l’heure du concert fatidique
- quand l’oiseau Fanza chante son requiem dans l’arrière-cour
où rêvent d’antiques cloches -
la mort nous est si particulière
si connue
que son ombre impénétrable
subite se transforme en éclatements de feu
et la nuit horrible
en un labyrinthe de parfums
d’où commencent à fleurir des anémones
dans la distance solaire de l’autre rivage.


XI
LES NUAGES



Nuages qui gravitent autour des mers
revêtues de rainures et de feuilles
de rafales, de moulins et de tornades.
Comme un feu sourd
leur musique se lève dans notre fleuve
et elles prennent l’aspect d’un tambour de pierres
dans l’eau colorée d’autres firmaments.
Saveurs, odeurs, épaissures,
salutaires comme Le lait de la pluie,
les nuages de Schuaima serpentent
prisonnières des mains de la brise ;
imitant le corps pisiforme des oiseaux,
les larges cuisses des vagues,
les crinières provocantes du cheval.
Nuages de pinacles et de fées
descendent avec leurs boucles dorées
semblables à celles de jolies demoiselles
dans les mains desquelles
le feu et la lumière se répand
comme l’encens et la myrrhe des autres rivages.
Et de là
du même ciel du fleuve Rogitama
on voit monter et descendre
égal au mythe de Jacob :
un escalier, une porte,
une fente où passe le vent,
et les nuages majestueux ;
légers, blancs, multiformes,
ouvrent leurs vannes de nourrice fraîche
aromatisant le monde
avec leur musique liquide,
avec leur eau dense,
avec leur sève d’oiseau-poisson, d’océan-ciel.

Qu’est humide toute cette apologie,
cette fable de figures dans le ciel,
les nuages de Schuaima :
le langage qui s’appuie sur d’autres continents.





XII
LA PLUIE


Toujours il pleut à Schuaima
toujours celle-ci se précipite des cieux vers la Terre.

Je me serre contre les jets monocordes des fleuves
et les fatigues de mon corps se calment
grâce à ce qu’il y a de polymorphe dans ces pluies.

Toujours il pleut à Schuaima
et les feuillages des frênes
- de même que les canards en bande -
descendent en chantant par la mairie et ses bordures
et les oiseaux-moqueurs se collent à ma bouche
comme les fils lumineux d’une étoile.

Toujours il pleut à Schuaima
et on apprend à aimer cette pluie bruyante
on s’habitue à sa nudité habillée
à son délire de demoiselle
à ses mamelons gris,
d’où jaillit une eau insondable
qui mouille et contamine de pureté
jusqu’aux précipices de la mort.

Toujours il pleut
et on plonge la tête contre le vent
et la pluie arrive comme un tumulte de corbeaux
qui feront leurs nids dans nos tiges les prochains étés.

Toujours il pleut à Schuaima
toujours les miroirs et cristaux
descendant des nuits désarmées
et une splendeur inamovible
se depose sur nos épaules
et une plainte lumineuse
flambe par-delà les forêts
et quelques oiseaux d’eau
proclament la grandeur de cette Terra.



XIII
LES CETACES





L’heure est venue
De dénombrer et énumérer les cétacés.

Depuis l’extrémité des Pôeles
Jusqu’à la vallée des morts,
Passant par les rivages vieillis de la terre,
On réussit à percevoir la trace lumineuse de l’écume
Les constellations insondables des vagues
Devant un passage inégalable de baleines.

Le troupeau,
Conduit par le Léviathan lui-même,
Gravite quel vaisseau
Avalant de travers tout ce qui bout sous l’eau.

Pas un seul petit poisson qui puisse faire face
A ce promontoire de lances et de terre mobile ;
Il n’ y a point d’ Ismaël ni de Quiqueg
dans tout le cosmos
Capables de sillonner les branchies de ces marins.

Pourquoi attaquer ces prodigieuses barques
donc le langage se limite au jeu des pagaies
qui fluctuent sur l’échine
de sa puissante architecture ?

Le troupeau,
Dépourvu de la houlette du pâtre,
Se submerge dans l’unisson de sa propre allure
Alors la légende commente
Que son élément primaire n’était pas la mer
Et que avant de perdre les pattes et les ailes
Les baleines sillonnaient les voûtes de l’ éther.

Entre d’immenses bandes
De harengs, d’esturgeons et de tortues
Se promènent les baleines
Suivant la stèle de phosphore et de granite
Que les nantuqueses laissent sur la mer

La baleine de Groenland, le marsouin, le cachalot,
Dissipaient avec leurs vols les questions :
Il n’y a pas de natifs qui bourrent de leur harpon les cétacés,
Il n’y a pas Quakers qui réussissent à chevaucher leurs échines,
Il n’y a pas gaviers qui hissent leurs drapeaux par le passage du nord-est.

Seulement les baleines
- infranchissables comme les murailles ou le couteau -
se plongent dans l’océan de Schuaima
bourré et chevauché par le sel.



XV
LES ODEURS

A Luis Rafael Gálvez,
à L.A
J’ai appris à Schuaima
l’art de respirer,
l’art de sentir
les battements de la pluie ou de la musique,
l’arôme de la mer
quand elle dort sur l’ odeur de brai des petites embarcations.
Je sais quand la nuit
est peinte d’étoiles et de flocons,
quand la brise apporte des chansons
accrochées aux feuilles vieillies de parfums.
Je sais lire avec mes narines
un livre vierge,
un poème embaumé d’huiles.
Grâce a mon odorat
je me sature de fleurs et voilures ,
je sais ce que sentent les filles ;
je gobe avec mon nez ridé par le vent
leurs jupes envahies de géraniums
leurs cheveux acagnardés de parfums
obscurs, blonds ou châtaigne.
J’ai appris dans cette Terra
que les choses se voient mieux avec l’odorat.
Il n’y a aucun souvenir, aucune brise, aucun baiser
qui parvienne à s’échapper
de l’haleine respirée par un nez amoureux.
Je sais de quelles odeurs se vêtissent
les fourmis, les pierres, les grillons,
les nuits pluvieuses et lointaines.
J’ai appris à capturer
l’arôme des choses “inanimées”
les navires, les sphères, les semences,
les fenêtres des amoureux
le vent quand il ne porte autre parfum que le silence.
J’ai appris à Schuaima
l’art de respirer,
l’art de s’enivrer avec le cosmos,
avec la danse pourpre des fleurs,
l’art de distinguer sans plus de présages
que l’esprit et le corps
se rencontrent où commencent les parfums
et que le coeur est plus proche du nez.


XVI
LA LANGUE



Pour retourner au commencement des choses
je laisse les sons m’envahir :
la musique de la nuit,
ses amphores de lumières,
ses arpèges gigantesques
orchestrés par les ombres.
Il est bon de se laisser habiter par ce qui est absolu
être comme une chevelure de torches
brûlant dans le suicide du calme,
être comme un fil d’ombre
blessé par la lumière d’ un chant
ou le son d’un oiseau lumineux et profane.
A l’évocation du son de cette Terra
le champ ouvert
conduit à la polyphonie de la forêt.
La langue est instinctive
pre-idiomatique
et le silence se fait nécessaire
pour comprendre l’inharmonie des voix.
Il faut retourner au principe du langage
- au stade muet -
pour pouvoir converser avec les hauteurs,
avec les glands, avec le vent dans son état de pureté,
avec le cosmos dans son harmonie millénaire.
Silence tamtamistes et tambourineurs
seulement le silence,
a le visage unique de toutes les musiques
seulement la voix des pierres,
le psaume de la pluie
parvient à percevoir
cet albatros invisible qu’est la brise ;
albatros
qui espère sagement au silence
pour nicher dans les oreilles
des hommes rachetés.





XXII
LE MAGE
A Guillermo Martínez G.

Rien n’existe à Schuaima
sans la sage disposition de Yoma.
Rien ne se profile de manière si déterminante
comme les lois supérieures du miroir
à partir des lois inférieures de ses ombres.
Toute chose qui émerge de la mort
obéit seulement à la mémoire collective
en contact avec la fugacité
de quelques forces étrangères
qui viennent des autres plans
parallèles aux nôtres
à semer l’équilibre
que tant désirent les étoiles.
Rien n’existe dans le fleuve Calixto
qui n’ait été inventé par ses poissons
il n’ existe pas de corps sans ombre
de courant sans eau
le nouveau mythe qui va au delà de l’homme
à partir d’un autre mythe
qui lui-même se mérite.
Rien n’existe sans la sage cabale de Yoma
celui-ci est le fameux forgeron des jours
le grain de moutarde
que forgent les statues
et lève,
au milieu de toutes les semences,
la pyramide d’ Egypte
où édifier les paradigmes.
J’ai rêvé et j’ai vu le vieux Yoma
mijotant le rêve de quelques étrangers
Yoma l’oiseleur des forêts
une prémonition venant au-delà du temps
filant l’arbre des rêves
au bord des fleuves et des jungles.
Rien n’existe à Schuaima
qui n’existe dans le nombre du mage
Yoma avec ses bras chamaniques et libres
mélange les breuvages et les potions du vent,
les essences des fruits
donnant à boire aux endroits lucides
par où l’ homme
rencontrera de nouveau l’homme.


XXIV
LA TISSEUSE
A Matilde Espinosa.




Bayadère
ballerine des ombres
magicienne pérenne des chants
île où se lèvent les rêves
comme un couteau au milieu des sphères.

Est-ce là l’obscurité qui t’enveloppe ?

Cécité douce pour comprendre le cosmos,
silence noir pour entonner le tonnerre
éclair abyssal pour redoubler le voyage.

Est-ce là le miroir qui te nomme ?
Le labyrinthe qui nous appelle ?

Bayadère de bracelets
de rêves et colliers
est-ce là la plume qui remonte le vol ?
le petit arc pour tirer la flèche ?
la porte réduite pour comprendre la fuite ?

Ballerine des pluies
tisseuse de sanctuaires
bayadère de la nuit
sur la page incommensurable de l’être
dans le labyrinthe sans couture des ombres
ils m attendent ;
nus,
déguenillés,
les lions calmes du destin.




XXV
LE VOYAGE


S’élever,
se suspendre dans l’air,
flotter comme le Caducée d’Hermès
ou la Table d’Emeraude ;
se lancer vers la nuit
comme le fleuve dans un ciel de rondeurs et de pierres.

Etre fils de la lumière
ou barque baleinière
attrapant des musiques marines.

S’en aller vers les mondes
du fleuve Rogitama
avaler le bleu infini du miroir
être universel jusqu’à la mort
et sacré jusque dans l’orgie des heures remarquables.

Etre et ne pas être
obscur, blanc, diamantin
fenêtre qui acagnarde les couleurs,
reflet estompé des astres.

Se lancer par dessus les collines de la nuit
respirer reste comme une horloge de sable
guetter les commencements du néant
les instants dans lesquels la réalité se multiplie
et la fantaisie initiatique du cosmos
coupe en biais les ténèbres.

Etre le vent,
L’eau potable,
la roche,
la moelle du fleuve, l’aigle de pierre,
l’esprit ouvert du voyageur
qui jouit de la musique de l’éther
quand tout,
sans haleter pour rien,
coule comme un concert pour la pêche
comme une mélodie
pour la mort jaune de la copulation.




De Memoire de Alexandre de Brucco
Editorial Universidad de Antioquia, 2002


I
A EVE DANS L’EXIL



Quelle est belle Eve
Qu’il est beau le serpent qui l’entoure
l’arbre qui croit dans sa taille
le fruit charnel que déploient ses lèvres
quand elle les pose sur l’ocarina
sa musique aux abords du bois.

Quelle est belle sa chevelure
- plumes obscures qui tombent sur ses épaules parfumées -
son nez qui respire d’autres mondes
y crée pour tant de labyrinthes
la fleur d’oranger et les guirlandes qui les remplacent.

Quelle est belle Eve
Quelles sont belles ses chevilles
les empreintes qui se dessinent sur le sable
pour marquer le chemin vers la lumière et vers les ombres.

Qu’ils sont beaux les fils que le monde lui a donnés
Beau le fleuve qui descend par les collines de son ventre
Beau le volcan de ses yeux de feu.

Qu’elle est belle cette côte pensante
cette poussière sacrée
ce roseau aromatique
qui garde dans ses poumons parfumées
une autre pomme pour les saisons de pluie.





II
CHANT DE EVE A ADAM
(Pour alléger le voyage)





Quelle est belle cette boue qui se lève des autres rives
Et se forme comme un oiseau dans le bois
Jusqu’à chanter le diadème d’autres fleuves.

Qu’il est beau son orgueil de feuille sèche
Qui se plie comme un phare
Au contact inmiséricordieux de l’épée.

Qu’il est beau l’homme qui baptisa les animaux de la forêt,
Donna un nom aux fleuves de la mort
Et le chanta au Chatak des lointains pins
Pour que descende l’eau du ruisseau
Sur les vignes et les oliviers des ombres.

Qu’il est beau Adam
Innumérables sont les fils qu’il a donnés au monde,
Innumérables les pommes qu’il porte sous le bras,
Innumérables les fleuves qu’il a sur-nagé
Et innumérables les collines et les sables parcourus
En son dernier exil.

Qu’il est beau l’oiseau de la Genèse :
Sa bouche a la mesure exacte des fruits de l’Apocalypse
Et ses yeux les visions prémonitoires
De tous les calvaires :
Les feuilles aiguisées et sciées
De ses prochains exils.

Qu’il est beau Adam
Qu’elle est grande sa science de la mort
Son tortueux voyage par les détours de cette Terra.

Qu’il est beau le paradigme du sépulcre,
Ses côtes, ses cheveux, ses yeux, ses paupières,
Ses mains d’étranger
Aux confins de l’autre continent.

Qu’il est beau Adam
Cette nuit je m’offrirai de nouveau à ses moissons, à ses fruits,

A sa récolte.

Comme celui qui va des précipices des ombres
Au tourbillon inégalable d’un autre paradis,
Je m’offrirai de nouveau à lui
Comme l’ultime pomme,
Comme l’ultime femme qui peuple le monde.



III
CAÏN


Mon cinquième nom est Caïn
je suis la réincarnation de la poussière
le frère aîné des chevaux marins
la boue qui poussa des racines
jusqu’à devenir un homme
un fleuve de poèmes et de mâtures.
Je suis agriculteur
je cultive des oiseaux et des fruits
j’ai vécu la majeure partie de l’exil à Nod
à l’est de l’Eden
là où l’ arbre interdit
s’étend vers les chemins parfumés qu’aujourd’hui il environne.
Je suis Caïn
frère de Abel
frère des feuilles sèches,
du vent, des pins d’Alep,
de Seth, de l’exil et de longs chemins par le sable.
Grâce à la mâchoire d’un âne
je connais la voix des berges,
le crépitement de la pluie sur les mondes souterrains
le sifflement orchestral des sphères,
les régions désertiques du cosmos,
le palpitement anxieux de la Mer Morte.
Je suis fils d’une multiplication d’os,
D’adam, de la lumière,
De la source primitive qui jaillit des mains de mon ancêtre.
Je moissonne poissons, chèvrefeuilles, oiseaux mythologiques,
la beauté de la divine providence
dans lequel moi,
laboureur des mots,
je suis la partie onirique des choses.
Mon cinquième nom est Caïn
je suis un paquebot de poussière
un des premiers nomades verts ;
de moi viennent Enoch, Irad, Mathusalem, Lamec
Et tous les hommes qui jouent la harpe et la flûte.
Je ne crois pas aux fixations, aux sentiments coupables,
ni même au hasard
les choses sont écrites, predestinées,
je suis agriculteur
et même comme mes récoltes ne plaisent pas à mon ancêtre bleu
aujourd’hui,
après tant de temps,
je viens leur offrir mes poèmes.




IV
ABEL


Caïn
frère des vents, des nuages, des déluges et des fleuves
une mer de lumières opalines gravitent dans les guaimares du marécage
et emplit mon miroir
comme un prisme qui nous dit :
la mort est une porte
et le temps une fenêtre
par où nos pas empressés
perçoivent autres choses, autres mondes.
Beau Caïn
la mâchoire de bourreau avec laquelle tu m’assassinas
avait l’odeur des chênes et des pins,
de tes lèvres venaient jusqu’à mon septentrion
quelques peupliers jaunes
qui enfilaient mes pétales mélancoliques
dans le cordon de la mort.
Frère profané par les cieux
la douleur de ta hache caverneuse
pénétrait ma topographie si éloignée
ma géographie et ma vallée si sacrée.
Devant le coup karmique
que je trouvai subtil et généreux
et que tu assénas avec un savoir infini
je gis au bord de ton fleuve, songeur.
Oh, bien-aimé Caïn
tes empreintes de chèvrefeuille
s’en vont décorant mes entrailles,
s’en vont vêtues de semences, de lierres et de résines odorantes
mon corps fatigué par les voyages.
ma sueur s’imprègne de tes fruits;
tes ananas, pamplemousses et sapotiers
décorent ma tête
avec des couronnes tissées par des centaines de couteaux.
Je ne suis rien sans ton coup
forgeron millénaire ;
tes mains sont le joug
qui moulent, à l’ombre de ces îles mystérieuses,
le fer, les cristaux et les quartzs
d’autres Îles dans le destin de la mort.
Caïn
frère de mes ancêtres
il y a en toi un prétexte pour taire l’histoire
comme si la mémoire des dagues
n’accepteront pas la mort de Goliath
comme un adoucissement de David,
ma mort est une tempérance tienne.
Bien-aimé Caïn
par ton coup et ta parole
j’ai connu le paradis.





V
NOE


Je m’apelle Noé
je suis fils de Lamec
et descendant de la pluie
je suis fils de cette ascension des êtres vers le feu
je crois en l’origine des choses
en l’évolution
en la mort comme aurore
et en la vie comme prétexte de la mort.
Je m’apelle Noé
je n’ai pas d’arche
ni même un canot avec des rames
je n’ai souffert d’aucun type de déluge
je n’ai pas supporté le poids du choix divin
mais de même que le poète de ma vie écoulée
j’ai navigué tous les fleuves
toutes les eaux
à la recherche du pont intelligible
qui me conduit à Schuaima
et à la source séreine de toutes les essences.
Je suis Noé
et je fais partie des tribus du chemin
toute espèce d’animal m’appartient
je déclare comme mien
cette constellation de plumes qui croisent l’Atlantique
ce ciel de phosphores volatiles
qui baisent les étoiles à la neuvième heure.
Je suis le petit-fils de Mathusalem
et je m’approprie à volonté
les cygnes
les poissons et les oiseaux
les pierres et les rochers escarpés,
les arbres.
Quoique je ne connais pas dans sa totalité le cosmos
je porte dans mes mains
la carte des peuples
par où je chemine, je navigue, je vole
je chante et élève mon sommeil
vers un autre état d’être
vers un autre courant du fleuve
à attendre l’enfance
- humide enfance, pluie originale -
qui vient du sable
pour me restituer
pour me fortifier
pour me transformer
en un autre déluge
et en un autre temps de sécheresse.




IX
LE LIVRE DE JOSEPH



Je suis le prestidigitaeur
L’homme qui traduit la voix des miroirs.

Le soleil, la lune et les étoiles,
Tel que me le révéla le vaisseau tortueux des rêves,
Brillèrent jusqu’à la fin de la journées.

Après avoir coupé en biais la bande des astres
- Qui descendent chantant leurs tempérances par les détours de la terre -
Se posèrent devant moi
Une suite d’ombres
Que me traduiront l’avènement d’autres mondes.

Je suis le prestidigitaeur,
Le patriarche hebreux à qui ils confièrent le chiffre des fleuves,
Je suis le petit-fils de Isaac et fils de Jacob ;
Il m’a été donné de dévoiler
Le voile de la nuit,
L’eau des hauteurs et leurs flambeaux,
Le vol sombre de la mort.

Je suis Joseph
Interprète de rêves:
Les colliers du temps
Se répandent dans mon espace
Et rassemblent mes diagrammes
Comme un fantasme qui le fuit
sur les ailes impalpables du sépulcre.

Pendant la lune des feuilles tombantes
- La lune du pâturage rouge -,
Viendront à moi
Les jeux des nuages,
Et les images du ciel
Comme un gigantesque hymne
ouvriront les portiques du monde
Pour mettre la dernière main aux cavaliers de l’ Apocalypse.

Je suis le prestidigitaeur
Il m’a été donné de dévoiler

Les rêves de l’échanson et de ses provisions
Du pétrisseur de farine et ses aliments
Du mage et ses ultimes calvaires pour la terre :
J’aurai devant moi
La vigne avec ses sarments,
Les corbillons de pain
Qui pronostiqueront la mort,
Les sept vaches de Pharaon
Passant par les bords du Nil solitaire.

Le seigle ondulé par les quenouilles alègres
Me contera l’angoisse dans laquelle se trouva
Une fille folle comme l’air
Dans les impressions du vol, de l’eau, des rêves, des berges.

Je suis le prestidigitaeur
S’ils me montrent leurs mains,
Ils auront connu les afflictions dans lesquelles s’empêtrèrent
Les fantasmes d’autres terres.






X
MOÏSE




Parce qu’il n’y a rien qui meurt
devant la lumière des mots
ni de mer savante
ou fleuve fort
qui s’épanche surma crosse
aujourd’hui avec l’esprit du verbe
je divise la mer en deux
je sépare les fleuves
j’ouvre le lac ou une quelconque fontaine ridée
de vent ou musique
et les convertit en terre sèche
pour le labourage ou pour le pont.

Ouvre-toi Mer Morte
que viennent avec moi
toutes les tribus de Sucot, de Etam, de Migdol,
de Moab et de Edom.

Ouvre-toi géant de sel et pierre
qui par tes viscères
entourent les enfants,
les femmes avec leurs bouches peuplées de glaïeuls et de myrtes
pour embellir la nouvelle terre qui nous apelle.

Ouvre-toi Mer Morte
que entre tes murailles d’eau
vienne courant la vie
l’Eden, l’exil, l’arche,
Sodome et Gomorrhe,
la brise de l’est
calée de voix
de corps apocryphes.

Ouvre-toi océan mort
Parce que de tes entrailles
jailliront égyptiens, israélites, ammonéens, hittites,
hévéens et cananéens
condamnés au chant de la pluie et du vent
et sur tes eaux amères
nous jeterons l’arbuste qui te fera douce;

douce comme le kithara et le tricordom
pour la bouche assoiffée et savante.

Je suis Moïse
le fils de l’eau
le maître des recifs et des rochers
ouvre-toi Mer Morte
qui ainsi que ton frère,
la Mer Rouge,
croiserai tes eaux avec mes arches, mes déluges
chevaux et cavaliers
jusqu’à la nouvelle terre,
et le lait et le miel
courront à travers ton sang torride
et il pleuvra sur toi
la manne qui te rendra à la vie éternelle.








XIX
LAZARE
A Jader Rivera Monje.





Maintenant que je suis tant de choses en même temps
maintenant que j’asume mes vies passées
et les lance à la chair ou à la boue
pour qu’elles deviennent des poèmes
ou de petites feuilles qui s’opposent
à l’air ridé du Zaïre
On m’appelle Lazare.

Je suis Lazare
le fils de Béthanie
le fils de Marthe et de Marie
j’ai connu la mort
son fleuve de roses, de glaïeuls, de violettes, de myrtes et lierres
que j’ai transité, navigué et respiré
durant les quatre jours que dure
cette odyssée par le monde fascinant des ombres.

Je suis Lazare
J’ai soixante noms
musique, vent, oiseau, boeuf, pluie
sont certains de ces noms
je crois en la resurrection
en la survie
en le souffle chaud qui exhale
au-delà de ces tribus.

Je me suis levé de la boue neuf fois
et maintenant
je suis la poussière qui ne retournera pas à la poussière.

Mes mains et pieds
Ont encore leur aspect d’enterrement
mais aussi il est certain
que sous mon corps croit l’herbe
qu’entourent le vers, le mille-pattes, les calambrines odorantes,
la mouette qui remonte son vol
à la recherche d’autres courrants d’air.

Je suis Lazare

habitant de Béthanie
ami des synagogues
de Canaan, de Capharnaüm, de Nazareth, de Galilée
et d’autres terres lointaines
dont les noms ne se comprendraient pas.

J’ai le visage couvert d’étoffe
mais chaque fois que je m’ouvre à la vie
chaque fois qu’un papillon
me rappelle que je suis né de nouveau
l’étoffe cède passage
à d’autres étoiles, à d’autres lumières, à de nouvelles espèces animales,
à d’autres chemins.

Je suis Lazare
et en ce voyage vers la fin de la vie
je m’assierai sur une autre roche
à filer le cordon sacré
le morceau de fleuve
qui me rendraa à un autre courant
où toutes les voix clament,
où toutes les musiques chantent,
où toutes les pluies disent :
“Lazare, lève-toi !”




XX
LETRE ECRITE
A MAGDALENE

A Lumière


Je ne sais rien des duplicités de cloches
d’assainir ou purifier des sépulcres
mais un tourbillon de feuilles sècches me conduit vers ton ventre
et une quelconque partie de cete musique secrète
que tu reinventes et traduis.

Je ne sais rien des multiplications d’oiseaux et de poissons
ni même verser à boire dans les amphores de vin
mais je cherche ton corps Magdalène
comme si tu étais ce sanctuaire
où racheter mes chairs et mes veilles
opressées par les coups des ombres.

Je ne sais rien des resurrections
- peut-être ma chair ne supporte pas tant de sollicitations -
je ne sais pas pardonner les querelles avec la poussière
prévoir les saisons de pluie
mais je suis sûr Magdalène
que mon amour te tire de tes fautes
et taille dans ton ofertoire
une bande d’oiseaux bleus
où soupeser tes doutes et tes vins.

Je ne sais rien des étoiles et des constellations
de sphères dont la finalité est au-delá du cosmos,
mais ma connaissance
brise les cartes de ton poil
et mes mains ne posèdent d’autre langage
que celui-là même que tu dessines
dans le fleuve de la mort.

Depuis les forêts syriennes
Jusqu’à la mer occidentale,
depuis le mont Nebo
jusqu’au fleuve Rogitama
ira mon immense et doux amour, belle Magdalène,
revêtue de lumière pour tes épaules
et un collier d’escargots
sera tisé avec des poissons de géographies distinctes
pour orner ton pubis
et tes cheveux crispés par les astres.

Je ne sais rien des oratoires et des vieux enseignements
ma langue ne surpasse pas les silences de la terre
mais peut-être la parole me domine
et un Je t’Aime
n’est pas autre réponse
que le poids amoureux de cette croix.





XXII
PAPYRUS AUX SOEURS
DE LAZARE






Je me promenais les matins par les monastères de Bethsabée.
Je les voyais avec les paupières éteintes
par l’insomnie que me causait
l’obscurité de leurs corps.

Je connaissais l’heure de son passage
je savais qu’ils défilaient nus par les perrons de la forêt
avant l’aube
et la rumeur dominante des planètes.

C’étaient Marthe et Marie
filles de Lazare,
c’étaient comme deux gouttes de pluie
sur les sables désertiques de Capharnaüm,
comme le pétale du crépscule
sur les nuits brumeuses de Tibériade.

Malgré la seconde resurrection de la chair
ils nourrissaient le projet d’elever en trois jours la case,
à resuciter Béthanie
pour insuffler la beauté aux écrits du temple.

Même après la mort du Nazaréen, elles demeurèrent belles
belles jusqu’à la satiété des derniers chemins.

L’unique chose qui les différenciait
c’était l’ arome impénétrable de ses vêtements
la couleur de ses lèvres
retouchées par l’épaisseur du bois.

Ils se promenaient les matins par les monastères de Bethsabée.
En leur tourbillon végétal par les rivagess du fleuve
défilaient nues comme les glaïeuls, cajets ou les saules pleureurs
dans leur traversée vers les lampes allumées des ténèbres.

Ni la faïence, ni les chicorées, ni les cafhíes
ne provoquèrent en moi, tant de choses heureuses
comme le son de leurs voix

dans l’arrière cour de ces maisons lointaines.

Elles étaient incomparablement belles
vigoureuses, pensives
hautes comme les sapins de la synagogues
d’où remontent leurs chansons
et leurs prières de vierges distantes.

Tandis qu’un pécheur comme moi
qui endurait de ses retraites, supportait ses angoisses
et faisait face à son calvaire
elles ingenues
doublement ingenues
triplement belles
chantaient le mépris aux hommes de la terre.




XXIII
EPITRE A LA TRAHISON






Déments du Neguev
maudits suicidés de ces terres
vous m’avez attaché à un autre concept de la mort.

J’avais fui avec le vent Maarabit vers d’autres latitudes
mais un futur incertain couvrait le fer à cheval.

J’avais pensé à restituer la maison
à acheter des fleurs jaunes pour la dernière cène
mais déjà tout était prêt.

Depuis avant la naissance tout était prêt :
noms, parents, péchés et jusqu’aux plus cruels amours
écrits sur le parchemin des jours.

Tout était fait ;
la table, la dernière conversation, les tâches,
les négations de la pierre
avant le chant épouvanté des coqs.

Père des malheureux
Loin de moi l’idée d’être la mauvaise herbe dans le champ de blé,
loin de moi l’idée d’être la trahison,
le péccher, la chaîne maléfique des évangiles.

Qui aurait pu faire ce que j’ai mené à bien ?
Qui aurait pu cracher le baiser amoureux sur les joues marmoréennes?
Qui aurait pu repousser les trente deniers et les humérus?

Je suis le grain de sénevé dont parle l’évangeliste,
les précipices me donnent le vertige
et il n’y a pas plus grand plaisir de mes chairs
que celui de sentir le poids de la roue sur les robes.

L’apôtre ne boit pas la ciguë
il se pend ;
se pendre était necessaire pour moi
- ainsi était-il écrit -

C’était necessaire de rechercher l’eucalyptus des épîtres
L’eucalyptus auquel on colla quatre feuilles
pour accrocher mon corps solitaire,
mon corps marqué par le bûcher,
par la mesquinerie de la pierre,
par le zèle des autres,
par la bifurcation des miroirs.

Anomales du verbe
anarchistes des écritures
c’est une belle manie que celle de s’aventurer vers la mort,
une manie constante que celle du suicide.

Aujourd’hui je suis appelé père des suicides,
tant d’effort servira-t-il à quelque chose ?

peut-être qu’ils se souviennent de moi plus que des autres ?

Les echos des antiquités
savent une vérité que les pierres ignorent ;
moi aussi je fus un élu :
l’obélisque, la pyramide, la tour du phare
ils connaissent cette histoire chagrinante,
histoire que maintenant je partage avec les malheureux,
avec les démunis, avec les marqués.

Vive le plus digne des douze !
si j’avais une mission à remplir
la mienne se remplirait avec dévouemznt,
comme aucun des douze ne le ferait.

jueves, 22 de mayo de 2008

LA MORT-POEMAS DE WINSTON MORALES CHAVARRO EN FRANCÉS


VIII
LA MORT



A Laurent Vigouroux, mort à Iquítos, Perú, le 24 avril 1999.



Comme située dans un espace vague et lointain
la mort se rapproche
jusqu’à nous prendre par le bras.

On peut penser qu’elle est notre ombre ou notre rêve,
peut-être une soeur aînée
qui depuis longtemps abandonna la maison
mais qui de biais
surprend par sa présence de vague
ou de pleurs d’enfant prodigue.

Dans l’ivresse de la nuit
la mort
avec son chant de corneille,
avec ses halos d’ or qui se jettent dans le feu,
nous réveille du rêve ou de la léthargie
nous pousse vers la sérénité définitive de ce qui est obscur.

Alors comprendrons-nous
que toujours elle a été proche
que sa présence était comme la rumeur d’un fleuve
bordant la berge de notre embouchure la plus proche.

Mais à l’heure de l’ abîme
à l’ heure du concert fatidique
- quand l’oiseau Fanza chante son requiem dans l’arrière-cour
ou rêvent d’antiques cloches -
la mort nous est si particulière
si connue
que son ombre impénétrable
subite se transforme en éclatements de feu
et la nuit horrible
en un labyrinthe de parfums
d’où commencent à fleurir des anémones
dans la distance solaire de l’autre rivage.


Traducción de Marcel Kemadjou Njanke-Camerún






XXVI



Il y a une femme dans ma maison
qui regarde je ne sais vers quel coin, vers quel
monde
une femme dont le dos
constitue le vent ;
l’ arbre de la nuit
comme une oraison pour les cas difficiles.
Il y a une femme
que je ne connais pas
et cependant je sais que c’est un prétexte.
Comme si la rêver ne fut pas suffisante
pour achever de la comprendre,
mon âme se lance vers les hauteurs
comme cherchant je ne sais quelle colline
je ne sais quel précipice.
Il y a une femme qui m’a dépossédé
quand à peine je découvris
que je naquis pour être homme ou rêve.
Une femme de jamboses et guáimaros gigantesques
une femelle douce et transpirante
qui passe comme un fleuve
susurrant vents légers de nostalgie
pour mon monde vraisemblable y fantastique.
Il y a une femme dans mes rêves
une femme qui regarde je ne sais vers quel endroits
vers quel coins.
Une femme à qui les arbres, les oiseaux
et inclus les sphères
parlent quotidiennement
avec une vocation merveilleuse
et lui communiquent les secrets insondables
des pierres et des fleuves.
Il y a une femme qui regarde vers mes mondes souterrains
et décante avec ses poumons balsamiques
toutes les ombres qui m’ habitent
une femme qui connaît tous les mystères de mes
nuits
la douce lune impétueuse
de mon angoisse.



Traducción de Marcel Kemadjou Njanke-Camerún






VIII


Aniquirona
Je n’ai pas peur de toi
avant je t’aimais.

Le chemin comme un miroir
me montre un à un tes raccourcis, le commencement.

Ecoute la voix des oiseaux-moqueurs !
Pied nu,
nu
et fou
sans la niaiserie du temps enfant
je dois me fondre dans la respiration de l’air
devenir particule de ton cosmos.

Pour arriver à toi
il ne sert à rien de me questionner sur les usages de la case
ni même déplacer les meubles
pour que l’ambiance paraisse distincte
il ne sert à rien de prendre chaque matin une route différente
pour croire que cela aboutit à un autre pays
il n’est pas nécessaire d’avancer l’horloge
pour sentir que le temps passe rapidement
ni non plus le reculer
pour croire qu’on vit éternellement
il ne sert à rien de se taire pour que les mots ne s’usent pas.

Il suffit de mettre la tête dans le fleuve du néant
- peut-être jusqu’à la nuque -
et sentir comment la lumière de l’eau
inonde les poumons
et comment son rire rédempteur
nous mouille d’équilibre
et de la liberté sereine
de fouler d’autres chemins.



Traducción de Marcel Kemadjou Njanke-Camerún




V



Que faisais-je
au milieu de ces gens ?
De ce peuple dans l’obscurité ?
Pour quoi ces paroles me crient à l’oreille ?
laisse la lumière à moitié
il n’est pas nécessaire que tu te déshabilles.

Nous Aimer ainsi
sans nous toucher
sans regards
nous aimer sans même nous voir
avec la lumière légère
fermant les yeux sur fautes et querelles.

Là je t’aime
comme tu le proposas
sans même nous dénuder
sans écouter ta respiration
sans écouter la mienne.

Pourquoi au sortir de la chambre obscure
courait cette brise rédemptrice ?

Les places étaient peuplées de faces souriantes
je ne reconnus personne
mais la brise arrivait
et la lumière d’un soleil lointain
n’éblouissait pas ce chemin.


Traducción de Marcel Kemadjou Njanke-Camerún





III


Aniquirona
quand je descends les escaliers de la maison
je pense que c’est une autre manière d’ arriver à Schuaima
-le règne du grand lointain-
Il se peut que descendre
soit une autre forme d’ascension.


de l’autre côté de ce jour
attend le train qui doit nous transporter.

Il pleut,
il pleut
minutes
la route opposée,
va le chemin
contrecoup à ce craquement de paysages.

A la fenêtre
le pont d’arbres
une porte
un arbre d’oiseaux bleus
la rivière d’ escargots
tout s’agglutine autour de nous
seul le train va par le chemin
et avec lui
le chant distant des rails
la musique de la rue
la voix continuelle de la pluie
une lumière lointaine qui m’ appelle.

Silence, silence !
Je m’en vais accroché au vent
je flotte
et me rend compte
que la mort est musique
et qu’il faut l’écouter
avec les oreilles éveillées.


Traducción de Marcel Kemadjou Njanke-Camerún







VII

Etrangère
Danse de feu
Je sais que la mort
C’est être à l’écoute d'autres voix,
Aussi posé-je mon oreille
Contre la cascade de ta rivière.

Je cherche la mort,
je cherche un chemin nu entre les pierres
Je cherche cette voix :
serait-elle un hasard lointain
un hasard proche ?
Peut-être se trouve-t-elle dissimulée
En moi ?

Je sais que là
dans le silence obscur du miroir,
résonne la musique symphonique
de l’autre matin
ma tête s’agite avec le vent
Il pleut
Et j’apprend avec la pluie
le dictionnaire ouvert
du chemin.


Traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy


IV.

Une sorcière faite de lumière,
De coquillages et de choraux sous-marins
Dois-je me faire eau
pour extraire une quelconque substance dénonciatrice ?

Pendule suspendu
Entre les golfes de tes mains
Et l'ombre imprécise de ton arbre
Je me meurs, je deviens un être à trois dimensions
Pour tes yeux
Tu sais que là
Dans la grande légèreté sonore de ta rivière
Les battements de mon coeur
Se transforment en notes de musique
Qui convergent avec le courant gonflé
Par la sueur de ton bosquet.


Traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy



A t h a n a s e V a n t c h e v d e T h r a c y
38 Boulevard Flandrin
75116 Paris
FRANCE



XIV


Etrangère

Je me demande

A quel point la solitude et l'oubli sont bénis

Jusqu’à quand

Dois-je m’interroger si le naufrage

Signifie naviguer vers ton univers.


La quiétude

Précise

Permet de vivre en compagnie du fantôme

Qui habite l’autre face des choses

Et le silence

Est la ramure

Qui peuple les joncs et les échos

Le miroir auquel est suspendu

L'image des hommes.



Laquelle des pièces de l'oubli

J’habite en ce moment?

Suis-je avec toi étrangère ?

Ou peut-être ma cécité s’obstine-t-elle à rôder

Dans les chambres à coucher

Où repose la mort, la très belle mort?



Traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 28 mai 2008




A t h a n a s e V a n t c h e v d e T h r a c y
38 Boulevard Flandrin
75116 Paris
FRANCE




III



Aniquirona

Quand je suis sous les escaliers de la maison

J’ai l’impression de vivre une autre façon d'arriver à Schuaima –

le royaume du grand lointain –

il se peut que descendre

est une autre forme d'ascension.




De l'autre côté de ce jour

Se trouve le train qui doit nous transporter.


Il pleut,

Il pleut

Minutes,

Route contraire,

le chemin qui va

En frappant contre le claquement des paysages.


Par la fenêtre

On voit le pont des arbres

Une porte

Un arbre d'oiseaux bleus

La rivière des escargots

Tout s’agglutine à notre voyage

Seul le train va son chemin

Et avec lui

Le chant distant des rails

La musique de la rue

La voix continuelle de la pluie

Une lumière lointaine qui m'appelle.

Silence, silence!

Je suis hapé par le vent

Je flotte

Je me rends compte

Que la mort est musique

Qu’il faut écouter la mort

Avec les oreilles éveillées.



Traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy




A t h a n a s e V a n t c h e v d e T h r a c y
38 Boulevard Flandrin
75116 Paris
FRANCE




Que faisai-je
Au milieu de ces gens-là?
De ce village plongé dans l’obscurité?
Pourquoi ces paroles m’interpelaient-elles ?
La lumière baisse à moitié
Nul besoin de te déshabiller.

Aimons-nous ainsi,
Sans nous toucher,
Sans nous regarder,
Aimons-nous sans même nous voir,
Dans le clair-obscur,
Sans nous soucier des erreurs et des disputes.

Là, je t'aime
Comme tu le souhaitais,
Sans nous dévêtir,
Sans que j’écoute ta respiration,
Sans que tu écoutes la mienne.

Pourquoi au sortir de cette pièce obscure
Courait cette brise rédemptrice?

Les places étaient remplies de visages souriants,
Je n’ai reconnu personne,
Mais la brise continuait à affluer
Et la lumière d’un soleil lointain
N’éblouissait pas ma route.



Traduit en français par Athanase Vantchev de Thracy




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38 Boulevard Flandrin
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ANIQUIRONA, XIV- EN PORTUGUÉS


Estrangeira

hei de questionar

até que ponto a solidão e o olvido são benditos

até que ponto

ensimesmar-se no naufrágio

seja um ato de navegação até o cosmo.

O apaziguamento

é preciso

para encontrar o fantasma da outra margem

e o silêncio

é a enramada

que povoa de juncos e de ecos

este espelho de que pende

a imagem dos homens.

Qual dos quartos do olvido

habito neste instante?

Estou contigo, forasteira?

Ou, acaso, persiste a cegueira

nas longas caminhadas

pelas alcovas onde repousa a belíssima morte?




TRADUCCIÓN DE ANTONIO MIRANDA

Straniera, de Winston Morales Chavarro


Straniera
Danza di fuoco
So che la morte
e’ ascoltare altre voci
E per questo
porgo il mio udito
alla caduta del tuo fiume.

Cerco la morte
E vado muto tra le pietre,
Cerco questa voce,
forse lontana?
forse vicina?
Forze dentro di me
Mascherata dentro di me.

Io so che lí
Nel silenzio buio dello specchio
Si trova il suono orchestrale
di un’ altra mattina,
La mia testa s’ aggita col vento
E piove,
Piove e ho conosciuto con la pioggia
Il dizionario aperto dal sentiero.


Trad. Di María Enza Giannetto




Bella è Eva
Bello il serpente che la circonda
L'albero che cresce nella sua vita
Il frutto carnoso che le sue labbra
mostrano
Mentre poggiano sull'ocarina
Musica al confine del bosco.
Belli i suoi capelli
-Corvi scuri che ricadono sulle sue
odorose spalle-
il suo naso che respira altri mondi
e crea per così tanti labirinti
i fiori e le ghirlande che li
sostituiranno.
Bella è Eva
Belle le sue caviglie
Le orme che disegna sulla sabbia
Per tracciare il cammino verso luce
ed ombre.
Belli i figli che ha scaraventato nel
mondo
Il fiume che discende le colline del
suo ventre
Il vulcano dei suoi occhi di fuoco.
Bella questa costola pensante
Questa polvere sacra
Questa canna aromatica
Che custodisce nei suoi fragranti
semi
Un'altra mela per le stagioni di
pioggia.

Trad. Di Antida Vetrano

PAPYRUS TO LAZARUS SISTERS


PAPYRUS TO LAZARUS SISTERS


They walked in the mornings by the monasteries of Betfagé I saw them their eyelids turnout By the insomnia the darkness Of their bodies caused me. I knew the hour of their transit. I knew they paraded naked through the stairs in the woods Before dawn And the lofty murmur of the planets They were Martha and Mary Lazarus sisters, They were like two drops of rain Over the desertic sands of Caparnaum Like twilight's petal Over the misty Tiberíades nights. Despite the second resurrection of the flesh They continue thinking of the raising of the house in three days, Resurrecting Betanio To infect with beauty the scribes of the temple. Even after the Nazarene's death they remained beautiful Beautiful till the fulfillment of the last roads The only thing that differentiated them Was the inscrutable fragrance of their clothes The color of their lips Retouched by the thickness of the woods They walked in the mornings by the monasteries of Betfagé In their vegetal vortex by the river's banks They paraded naked like corn-fly, cajetos or weeping willows In their travelogue toward the lighted lamps in the dark Neither the tile, nor the chicoras or cafhíes Provoqued within me so many beautiful things Like the sound of their voices In the backyard of those remote houses. They were unbearably beautiful Youthful, pensive, Tall, like the silver trees in the synagogues Where they raised their songs And their distant virgin prayers. While a sinner like myself Suffered his confinement, beared his anguish And confronted his calvary. They, the naive ones Doubly naive Three times more beautiful They sang their disdain toward the men of the earth.
Translated by Luis Rafael Gálvez
Taken from: Alexander de Brucco Memories.
Winston Morales Chavarro

THE WIND


THE WIND

The Land has an emerald windthis breeze is the voice of the willowsthese trills the voice of a shipwhose silver fishvoyage over an ocean of gadflies and yarumos.When the wind of this Land singsthe shadows arise,turtle doves speak about rainand man soaks with wordsthe bread for a new wine.SchuaimaLand where wind dances between the cypress treesraising a big skirt of leaves.What brings the breeze to her lips?What her naked words?What is it that the Eastern wind singswhen it turns like a spinsteranother small delugeand children jump like wheatwomen overflow like jarsspirits dress up with rainand the earth undresses its tree poreso that the breeze may come againand the fruit may flourish a new?



Translated by Luis Rafael Gálvez
Taken from: De Regreso a Schuaima
Winston Morales Chavarro

TO EVE IN EXILE


TO EVE IN EXILE


How beautiful is Eve
How beautiful the serpent that surrounds her
The tree that grows in her waist
The fleshy fruit that her lips display
As they lean over the ocarina
Their music at the edge of the woods.
How beautiful her hair
Dark braids that fall over her perfumed shoulders
Her nose breathing other worlds
And creating for so many labyrinths
blossoms and garlands that will substitute them.
How beautiful is Eve
How beautiful her ankles
The traces she draws over the sand
To mark the path toward light and shadows.
How beautiful the children she has cast to the world
The river that descends over the hills of her belly
The volcano in her eyes of fire.
How beautiful that thinking rib
This sacred dust
This aromatic cane
That holds in its fragrant breasts
another apple for the times of rain.



Translated by Luis Rafael Gálvez (Los Ángeles-California)
Taken from: Alexander de Brucco Memories.
Winston Morales Chavarro

sábado, 3 de mayo de 2008

Eros

Eros

Winston Morales Chavarro

+++++

…El amor duele conforme va uno envejeciendo. Cada vez es más atenuante el cuchillo, esa hoja metálica que clava sus brillos en la carne infecta de quien lo sufre.

Es como si uno no naciera para la experiencia del amor, como si se fuera ajeno a él con el paso de los años. Entonces la resurrección cuesta, la crucifixión se elabora con el dolor de quien lo inquiere.

La resurrección y también la muerte. La muerte como una prueba más del amor: Todo lo calcina, todo lo depara, todo lo consume.

El amor asociado al dolor. El amor asociado al desprendimiento, a la quietud, a la calma del silencio, cuando sólo se ama a través de lo que no se dice, de lo que resta por decirse, de lo que se suma en el morir y en el vivir.

Y el vivir, que es el morir, esa lejanía del amor, lejanía y letanía.

El amor todo lo salva, todo lo redime. Bebe de sí y para sí, para los otros, para los que nunca fueron, para los que pueden llegar a ser.

jueves, 17 de abril de 2008

Poéticas del Ocultismo

Apreciados amigos


El 23 de abril, en el Aula Máxima de Derecho de la Universidad de Cartagena, a las 5:15 de la tarde, se llevará a cabo la presentación de mi nuevo libro Poéticas del Ocultismo en las escrituras de José Antonio Ramos Sucre, Carlos Obregón, César Dávila Andrade y Jaime Sáenz, publicado bajo el sello de Trilce Editores.
Están Cordialmente invitados
Hora: 5:15.
Lugar: Aula Máxima de Derecho, Universidad de Cartagena, sede San Agustín
Día: 23 de abril de 2008.

El despertar de los volcanes


El despertar de los volcanes

Winston Morales Chavarro

Alguna vez Chavela Vargas, símbolo del mestizaje y la resistencia cultural del pueblo mexicano, expresó que así como los volcanes del continente –el Nevado del Huila, entre otros- estaban despertando, así mismo los ciudadanos latinoamericanos debían despertar.


Lo del Nevado del Huila puede representar, como en su momento lo fue la Caverna de Platón, una alegoría que resignifique el imaginario cultural del pueblo opita.
Creo que ha llegado la hora de resignificar y replantear, a través de los fenómenos políticos y sociales, la realidad de un pueblo que ha sido orientado-desorientado desde el poder.

El Huila despierta, después de cien años de historia, de una cultura seudofeudal, diseñada desde el centro, programada desde intereses personales, de partido; el Departamento ha sido repartido, fraccionado, categorizado por lógicas de carácter ideológico. Conservador en unos lados, liberal en otros, el Huila se piensa fragmentado, se articula por secciones, por demarcaciones geográficas definidas por el color, fenómeno que se repite en otros departamentos y localidades del país.

Sin embargo, a la hora de construir, de pensar, ciertos departamentos, quizás con una historia similar a la del Huila, edifican desde una colectividad, razonan desde un todo. No es posible concebir el progreso desde la lógica individualista y personal. Un apellido en Colombia puede perpetuarse por espacio de doscientos años. En el Huila corremos el riesgo de que suceda lo mismo. Por eso estamos tan quedados, tan, en relación a otras ciudades periféricas del país, atrasados, tan anquilosados en un pasado que ya no existe, negados a las dinámicas de la cultura, de espaldas a la heterogeneidad simbólica de las nuevas tecnologías, enfrascados en una definición de cultura, memoria e identidad.

Los movimientos telúricos son necesarios, imprescindibles. El Internet, por ejemplo, ha replanteado y resignificado los conceptos que teníamos de espacio, tiempo, afecto, relación, comunicación, periodismo. El Internet, desde el punto de vista tecnológico, ha sido un volcán: marca rupturas, quiebres, intersticios. Lo mismo sucede, debe suceder, con el Nevado del Huila. Ese quiebre, ese movimiento, esa sacudida debe provocar un cambio de lógica en el pensamiento del ser huilense (definido, desde afuera, como un pensamiento lento, parsimonioso, vago).

El ser huilense, el individuo opita, debe tratar de ser un hombre histórico, comprometido (o por lo menos cercano) con los fenómenos culturales y sociales del Departamento. Las riendas de la región, el presupuesto de la región, las regalías, los beneficios, las riquezas de la región, no pueden ser explotados por unas minorías, por un apellido deseoso de perpetuarse. Esa política excluyente, sectaria, está mandada a recoger hace rato. No podemos seguir jugando en los terrenos de la premodernidad mental. O maduramos o desaparecemos. La competitividad de una región se mide por los alcances colectivos, comunes, populares. Lo telúrico es sinónimo de progreso.






domingo, 6 de abril de 2008

La Naranja mecánica

LA NARANJA MECÁNICA
Y SU NARRATIVA AMORAL

Winston Morales Chavarro


La pieza monumental La Naranja Mecánica, del desaparecido director norteamericano Stanley Kubrick (Nueva York, 1928), se constituye en una de las filmografías más populares entre los hombres y las mujeres que desprecian las normas radicales de una sociedad cada vez más represiva y coercitiva.

Basada en la novela homónima del escritor británico Anthony Burguess (1917-1993), La Naranja Mecánica cuenta la historia de Alex, un delincuente de una futurista Gran Bretaña, quien en compañía de sus “drugos” se empecina en violar, asesinar, delinquir y drogarse, todo esto como una política juvenil -cercana a la libertad- en una Inglaterra monárquica, y por esto mismo conservadora.

Pese a que Anthony Burguess deseó que su novela pasara al olvido -tenía cierto arrepentimiento de ella- y a pesar de ser repudiada por la sociedad de su momento, La Naranja Mecánica es hoy por hoy un referente no sólo cinematográfico sino también literario; muchos ven en ella un canon obligatorio en sus pretensiones de construir una narrativa –también en lo visual- alejada de convencionalismos y normas radicales de comportamiento “moral”. Parece ser que el escritor se vio influido por su experiencia en el servicio militar durante la segunda guerra mundial, lo que lo llevó a escribir su primera novela: A vision of Battlement, texto que denuncia la jerarquización militar y su naturaleza opresiva. De allí que se refleje también en su posterior trabajo las inconformidades a las reglas y a las leyes sociales, las mismas que convierten al hombre en una especie de ser “homogéneo”, lejano a la autocrítica, la reflexión y los ideales filosóficos.

La novela -al parecer- estaba condenada al anonimato, algo que ocurre con mucha frecuencia en innumerables escritores y poetas. Es sólo a través de la magia de Kubrick que la novela se reincorpora de sus posibles “cenizas” y es materializada en un lenguaje más afortunado: El Cine.

A partir de allí, la película sufre una suerte parecida a la de la novela. El texto escrito, cercano a un satiricón contemporáneo, en donde se arremete contra la sociedad de consumo, lo trivial, la degradación de los valores, se refleja de manera perfecta en el cine. La sicología de Alex, la traición de sus drugos, son equiparables a la práctica política, a los principios monárquicos, a la decadencia de la sociedad, razón suficiente para ser rechazada por muchos espectadores, quienes seguramente veían su vida (y su realidad) reflejada en la obra.




La Ultraviolencia como estética



La ultraviolencia desarrollada en La Naranja Mecánica es un elemento que posee muchos antecedentes. De un lado, podemos citar infinidad de textos literarios (Satiricón, Justine, Del Asesinato considerado como una de las bellas artes, Historia de Juliette, Piel de zapa, Bel ami, etc., etc., etc., algunos de ellos no basados propiamente en la violencia sino en la anarquía o la amoral como proyecto de vida) y, por el otro, textos fílmicos. Sin embargo, cuál es el principal motivo para que esta película continúe observándose con tanta vigencia? Si la violencia estaba presente en otros filmes, ¿qué es lo que la hace tan particular?

Sin lugar a dudas las respuestas están en Alex –en su excelente papel como drugo-, en la crítica que hace a la sociedad contemporánea, en los supuestos modelos “pedagógicos”, en la traición a la que se enfrenta el muchacho no sólo con sus amigos, sino también con sus padres, el estado y, ante todo, la historia.

No obstante, las respuestas están también en la vida, en el acontecer citadino, en el capitalismo como modelo económico, en la cultura de guerra, en las invasiones de EE.UU. a muchos países periféricos, lo que sugiere que pese a todos los tratamientos médicos o “terapias de aversión” , Alex, como cualquier otro muchacho, sea finalmente el producto de una sociedad “enferma”.

Esta ultraviolencia parece servir de inspiración a muchos directores contemporáneos. De este modo, nos encontramos con un Quentin Tarantino (1963), quien apela a la violencia –no fortuita sino fundamentada- para construir sus obras más reconocidas. Desde Los Perros del reservorio, hasta sus más reciente Kill Bill, Vol. 2 (2004), y Grindhouse (2007), se intuye cierta proximidad de Tarantino a la estética de la violencia planteada por Stanley Kubrick. De otro lado, creadores como Martin Scorsese (1942), Oliver Stone (1946), Briam de Palma (1940) o el mismo Alan Parker (1944), incursionan –años atrás- por esa geografía de la subjetividad humana ya retratada en La Naranja Mecánica, e incluso desde mucho antes por el maestro de maestros, Alfred Hitchcock.

La ultraviolencia puede entenderse como una nueva escuela para la generación de directores contemporáneos. No obstante, sería más justo hablar de una neoultraviolencia, pues no se puede desconocer la exploración ya planteada por directores como Francesco Rosi, Bernardo Bertolucci, Liliana Cavani, Federico Fellini, Luchino Visconti, muchos de ellos recreando en sus propuestas fílmicas las proposiciones estéticas de grandes narradores como Petronio, el Marqués de Sade o Thomas Mann. Si bien en ellos no hay una abierta ultraviolencia, encontramos una carga particular de psicología y la configuración de un individuo y una sociedad en crisis.

La representación que se hace de la realidad seduce a un espectador cada vez más exigente. La ubicación de una nueva memoria (o el propósito de crearla) la reconstrucción de ciertas actitudes humanas, la presencia “amoral” de temas tan viejos pero negados (la homosexualidad, el asesinato, la violencia, la destrucción de reglas y códigos civiles, el desmoronamiento de la unidad familiar, la construcción de una nueva familia, etc., etc., etc.), se nos configuran como un nuevo lenguaje que abre camino en medio de una realidad conservadora, derechista, que niega, por su misma naturaleza, los requerimientos invocados por una sociedad heterogénea, ávida de mayores libertades y menos conductas represivas, policivas y “homogeneizantes”. La vida hay que verla como realmente se nos presenta: sin máscaras, sin rótulos, sin nombres. El cine hace eso y la Naranja Mecánica, al igual que los otros títulos mencionados, muestran esa verdad a la polis global.



Beethoven en la poética violenta del Drugo


Alex es un muchacho letrado, un joven que conoce a Beethoven, la poesía y los libros. Desde ese locus enunciativo uno puede pensar que Alex apela a la música de Beethoven por dos razones:

1 Para conservar su perfil de muchacho letrado, intelectual, clásico y de excelentes principios y gustos.

2 Para sugerir que es a través de Beethoven que desfoga sus iras, pero también el camino que lo regresa a sus fueros.

Alex es la mejor personificación, en palabras de Burgess, de los principales atributos humanos: amor a la agresión, amor al lenguaje, amor a la belleza.

Beethoven representa en cierta medida eso: amor a lo bello, al lenguaje y a la agresión. Su música lo constata, es una música agresiva en el sentido más amplio del término: Rompe estructuras, transgrede imaginarios, reinventa sedimentos, incorpora un lenguaje más dramático a sus piezas. De allí que Alex se identifique con el compositor alemán.

El Drugo habla desde lo subalterno –a pesar de sus orígenes aparentemente burgueses-, desde la otra orilla, la orilla de lo relegado, de lo marginal, de lo delictivo, lo no avalado por el estado-oficial, y condenado por la hegemonía política y económica.

En cierta medida representa a una juventud descontenta, divorciada de una realidad, hija de la posguerra, adscrita a la desocupación y al vacío, carentes de una utopía –ni siquiera creen en ella-, sedientos de una filosofía de liberación en el sentido exacto de lo que significa el despojo. Todo esto concatenado con la figura del gran Ludovico (Beethoven), quien en vida llevo una postura muy parecida a la del muchacho.

La aparición de Beethoven es reiterativa. De un lado el centro de recuperación a donde llevan a Alex se llama Ludovico. La incorporación de música, la mujer cantando, los afiches, la escultura con la que la mujer de los gatos quiere golpear al Drug son algunas constantes de la presencia del compositor en la naranja mecánica, título que según los expertos hace alusión al cerebro y a su mecánica; el cerebro garantiza en ciertos momentos una operación mecánica y esto se refleja en la terapia de aversión que quieren inculcarle a Alex, terapia que como la mayoría de ellas, fracasa.




Génesis y Pornomiseria



El cine, como la literatura y las demás expresiones del alma, es dinámico, se reconstruye, se transforma, se reinventa, se deconstruye y se reincorpora –incluso de las cenizas- para narrarse en su época y en su contexto –geográfico y mental-.

De allí que los imaginarios cinematográficos se vean mutados a diario. El cine que ayer nos pareció digno de elogios, hoy puede aparecer ante nuestros ojos como demasiado discursivo, retórico, prosaico. Siguiendo las ideas de Borges, podemos decir que con el cine sucede lo mismo que con la literatura: el mejor compilador o antologista es el tiempo. Las buenas películas –prefiero llamarlas obras de arte- sobreviven al tiempo y a consideraciones de tipo ideológico, político o cultural. De esa línea es La Naranja Mecánica (aunque para mi concepto personal su debilidad estriba en la aspiración de Alex al cambio, algo que la acerca a Asesinos por naturaleza, donde sus protagonistas terminan cumpliendo un deber social: casarse y tener hijos). Prefiero los filmes que no se acerquen a Los Simpsom, aquellas obras donde los personajes no posean aspiraciones morales ni pretensiones de cambio.

La pornomiseria, tendencia cinematográfica donde los personajes son “antihéroes” o héroes “otros”, presenta eso. Su origen puede remitirse a esos estadios de la Ultraviolencia o a las cartografías mentales de Hitchcock, Kubrick, Parker. Allí pudo entablar sus raíces, su locus de origen.


A la par con estos síntomas de cambio estético debe narrarse la afirmación de unos nuevos modelos mentales. La globalización, las culturas subalternas, las periferias urbanas, el mestizaje cultural conducen inexorablemente a una redefinición de las percepciones subjetivas-objetivas y crea nuevos modelos de conciencia y de comunicación privada y pública.

Esa comunicación se materializa en las artes, donde cada vez pierden peso figuraciones tan humanas –y por esto mismo racionales- como la iglesia (no siempre la religión), la moral, la ética, la sexualidad “una”, la política, la economía, la inteligencia, el discurso o el poder.

La posmodernidad ha tocado la vida del hombre –no sólo a sus tecnologías y modos de producción-; todas esas columnas, muros, torres y paradigmas se difuminan para dar paso a otras mentalidades y lógicas. De esas lógicas pertenecen estas nuevas tendencias cinematográficas, tendencias que se configuran en propuestas fílmicas como La Ciudad de Dios (Fernando Meirelles, 2002); Dogville (Lars Von Trier, 2003); Detrás del Sol (Walter Salles, 2001); Los Idiotas (Lars Von Trier, 1998); Satanás (Andrés Baiz, 2007); La Virgen de los sicarios (Barbet Schroeder, 2000); La vendedora de Rosas, y Rodrigo D (Víctor Gaviria, 1998-1990), entre otras.

La estética de la violencia o la Ultraviolencia se constituye en espejo de una realidad muy contemporánea. Sin embargo, lo interesante de sus personajes es que no muestran arrepentimientos ni encuentros “divinos” con la providencia. Ni en Ciudad de Dios, ni en la Virgen de los sicarios, ni en Kill Bill se muestra una solución esperanzadora al cierre del film. Ninguno de ellos se convierte –lo que la acercaría a una visión moralizadora- ni opta por reprimendas “éticas” a los espectadores, fenómenos tocados en algún tiempo por la literatura moral. Este cine, como la narrativa de Balzac, Flaubert y Maupassant, sólo narra, únicamente muestra, se convierte en reflejo, en espejo que encara la realidad y la plasma tal como es, sin maquinaciones “ornamentales” ni aspiraciones predicadoras.




Al final, por el contrario, queda la sensación de que la vida es más compleja en la calle, que las luchas continúan, que las clases dominantes seguirán ejerciendo sus fuerzas sobre las dominadas y que no hay siempre finales felices como lo muestra y reitera el cine de Hollywood.

La verdad va más allá de la ficción y esto está más que fundamentado a través de títulos que cada día adquieren más fuerza. Desde la pintura, la escultura, el teatro, la literatura, la música y el cine se pueden apreciar estas constantes. Narradores como Patrick Süskind (El Perfume) y Nikolaj Frobenius (La lista de Latour) así lo confirman. El cine como la literatura se acerca a la vida, es la vida.

La Naranja Mecánica, un film que para muchos es mera ficción, puede catalogarse como un referente de lo que concebimos como “subcultura” de la violencia; resulta un antecedente esclarecedor y luminoso de lo que ha sido ese movimiento posterior y contemporáneo (¿la hiperrealidad de Baudrillard?) de la crudeza, la miseria, el asesinato, el hambre, la lujuria, las “bajezas” contemplados ya no como “pecados capitales” –tal como los situó la tradición judeocristiana- sino como estéticas “distintas”, “otras”, alejadas del rótulo de “antiestético” o sucio.


sábado, 29 de marzo de 2008

¿Existe un Neobarroco latinoamericano?



¿Existe un Neobarroco latinoamericano?

Winston Morales Chavarro

Podemos establecer que el origen del neobarroco subyace en las teorías postcoloniales sobre cultura, hibridez, heterogeneidad, pues desde estas raíces comienza a definirse la categoría, la cual se instaura como una necesidad inaplazable de consolidar una cultura propia latinoamericana que desestabilice la noción y la percepción de Metrópoli o hegemonía.
Concretamente el neobarroco se da como un fenómeno de contracultura o contraconquista.
La permanente tensión social y política de América latina, las crisis sociales, las dictaduras han posicionado al neobarroco como una modificación manierista del barroco, en donde lo afeminado, lo exagerado, lo retorcido –como expresión de lo vacío e inconsistente- toman y marcan unas coordenadas propias y absolutas en las búsquedas y propuestas artísticas de muchos creadores; lo anterior se consolida en la implosión- explosión de nuevas literaturas, en donde emerge la imagen del travestido como elemento estético y como un nuevo imaginario para las nacientes literaturas.
A partir de este fenómeno (¿ruptura?) la figura de un “otro” subalterno, marginado, relegado empieza a configurarse en las creaciones narrativas y estéticas de los últimos tiempos.
El cine, por ejemplo, ofrece un claro panorama de esa noción neobarroca. La percepción del tiempo -como un fenómeno ya no aristotélico-, el despliegue de lo temporal –caótica o desordenadamente- en films como amores perros, 21 gramos, Carandiru, Ciudad de Dios, entre otros, sugiere la concepción y asimilación de un tiempo “otro”, en donde la realidad adquiere otros matices y lógicas y la naturaleza humana se enfrenta a otras circunstancias culturales, ideológicas y políticas.
Esta nueva percepción del tiempo, del espacio y los personajes permite la puesta en escena de una naciente equidad entre los sexos y los géneros, lo que favorece o crea una conciencia distinta entre lo masculino y lo femenino y le da un status nuevo a lo transexual, lo homosexual, lo travestido (metáfora del neobarroco americano).
En la literatura se da el caso de un José Lezama Lima, un Alejo Carpentier o un Severo Sarduy en donde la ambigüedad expresada a través de sus letras denota un regresar o un evocar la literatura barroca de un Quevedo o un Góngora, pero desde unas perspectivas americanas, en donde la prosa se viste de coloraciones y músicas continentales y se llega a la claridad a través de caminos obscuros: la metafísica y el esoterismo.
De otro lado, la bifurcación (una de las palabras preferidas por Borges) nos lleva a unos tiempos contrarios que se configuran simultáneos y donde las contradicciones, como diría Hermes Trismegisto, no se repelen sino que interactúan. La unidad indivisible de estos escritores denota no sólo una tendencia literaria (barroca o neobarroca) sino la creación de un universo muy personal, un cosmos literario muy americano y por eso mismo cosmopolita. Ya lo dijeron los mismos escritores: "Lo barroco: cifra y signo vital de Latinoamérica”.



















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